Saint-Suliac


Docanski, non loin de Saint-Suliac

Eh ! Oooh ! ... Je vous attends !

A la sortie de La Ville es Nonais, après être passé devant l'ancien manoir de La Baguais semblant être une ancienne ferme fortifiée, continuez tout droit puis descendez vers la Rance, à gauche, par la petite route : tout en bas, vous me trouverez peut-être, rêvassant au bord du chemin qui va vous mener au pied ... d'un tombeau.

Autour de vous s'étend le plateau de La Baguais dont la légende dit qu'il descendit aussi bas, presque au niveau de la mer, parce que les terres qui formaient autrefois ses falaises servirent à un ensevelissement ! Et non des moindres : celui de Gargantua !

Suivez la rivière vers l'aval et vous arriverez au pied de son tombeau, le mont Garrot.

dent de Gargantua, Saint-Suliac

Il y a bien longtemps, en effet, il perdit la vie non loin d'ici en raison d'une maladie ou, sans doute, d'une malédiction que lui lancèrent les témoins d'un infanticide. Doté d'un appétit insatiable, le géant voulut un jour se repaître de son propre fils ! Quelques témoins hardis, outrés de ce qui allait se passer, écartèrent rapidement l'enfant et placèrent aussi vite un rocher à sa place. Se ruant sur cette pierre, Gargantua perdit une dent en refermant sa mâchoire sur le bloc de granit. Fou de rage et se lançant sur ceux qui le contrariaient dans sa funeste entreprise, il tua son fils au passage en lui assénant un coup de poing sur la tête ! Horrifiés par ce crime abominable, les témoins de cet acte harcelèrent à tel point Gargantua qu'il en devint malade et mourut un an, jour pour jour, après avoir perpétré son forfait. Il fut enterré sur un plateau qui devint un mont : le mont Garrot. Cette pointe s'avançant dans la Rance s'éleva, en effet, sur une hauteur de 73 mètres parce que couverte des terres d'une falaise qui disparut ainsi pour devenir le plateau de La Baguais. La taille du géant était telle qu'il fallut le plier en sept pour l'ensevelir ! Son fils fut enterré à l'endroit même où se produisit le drame et sa tombe fut recouverte par la dent de son père. Vous pourrez la voir non loin d'ici si vous poussez un peu vers l'intérieur des terres, au bord de la route menant au moulin de Beauchet. Nommée "dent de Gargantua" par certains, "menhir de Chablé" par d'autres, elle trône au milieu des pommiers dans une propriété privée.

C'est du moins ce qu'affirme la légende ...

camp viking vu du haut du mont Garrot, Saint-Suliac

Empruntez le sentier qui monte à droite, au pied des pins.

Arrêtez-vous ensuite, trois cents mètres plus loin, et regardez derrière vous : si la marée est haute ou le soleil rasant, vous apercevrez les ruines d'un ancien camp viking dont l'origine remonte au 10ème siècle ! Il abritera jusqu'à 18 drakkars et leurs redoutables guerriers de 900 à 950. Ceux-ci tenteront à de nombreuses reprises de prendre le pouvoir dans l'estuaire et d'en asservir les habitants. Rare vestige d'une époque heureusement révolue, il prouve que la mer peut aussi bien protéger qu'être envahissante pour ses riverains. Difficile d'accès, uniquement à marée basse, il vous obligera à chausser de bonnes bottes pour le visiter.

En poursuivant l'ascension par le sentier qui, un peu plus loin fait une fourche, vous arriverez bientôt au sommet du point culminant de la région : à 73 mètres au dessus du niveau moyen de la mer, au pied du moulin de la Chaise, ancien moulin à vent dont il ne reste que le mur extérieur, vous embrasserez à 360 degrés le plus beau des panoramas.

Par temps clair vous pourrez même voir le Mont Saint-Michel et, si vous n'avez pas oublié vos jumelles, Granville et la côte normande ! De pied du moulin, deux solutions s'offrent à vous. Soit descendre par le chemin agricole longeant les quelques maisons bâties sur le mont :

St-Suliac du mont Garrot

Soit, et je vous le conseille, reprendre le sentier qui se trouve entre les deux voies : celle d'où vous venez et le chemin qui descend vers Saint-Suliac.

Vous redescendrez ainsi une partie du Mont Garrot et passerez, beaucoup plus bas, à côté des vestiges d'une ancienne carrière d'où étaient extraites les pierres destinées à la construction des maisons de Saint-Suliac et d'ailleurs : d'un côté un mur de granit à la verticale, de l'autre le squelette d'anciennes machines servant à monter et descendre les blocs de pierre ... Le bruit courait, il y a longtemps déjà, qu'on y trouva même de l'or ! En réalité, bon nombre de cailloux extraits de la roche, concrétions de quartz et de schiste micacé, étaient tout simplement constitués de pyrite de cuivre ...

Plus loin encore, vous reprendrez à droite pour faire le tour du mont, traversant une flore parfois exhubérante de pins, de genêts, d'ajoncs et même de fougères de près de deux mètres de haut ! Peut-être découvrirez vous, parmi les buissons ou dans les branches de vieux chênes, des sarments de vigne cherchant un peu de lumière. Peut-être aurez-vous la chance de pouvoir déguster, si vous passez avant les merles, les fruits d'une très ancienne culture aujourd'hui diaparue : la viticulture. Pendant tout le Moyen-Age, la vallée de la Rance voyait ses coteaux couverts de vignobles dont la réputation s'étendait fort loin. On dit même que les premières vignes furent plantées par Suliac lui-même sur le Mont Garrot ! Coteau-de-Garrot, Tertre-de-Vigneux, Moulin-de-la-Chèze ou encore Bec-du-Mousse étaient les crûs réputés figurant sur les bonnes tables. Le pouvoir Franc imposa ici, encore une fois, sa domination sur une Bretagne devenue vassale : Louis XIV interdira en 1687 la plantation de vignes dans tout le pays ! C'est ainsi que disparut une des cultures faisant la richesse et le renom de la vallée de la Rance. Les dernières vendanges des coteaux de Rance ne seront plus qu'un souvenir à l'aube du 19ème siècle ...

De multiples sentiers parcourent le site et la prudence s'impose car certains, non balisés d'ailleurs, sont bordés de trous et de falaises qu'il vaut mieux éviter. Si vous empruntez celui qui est balisé (un trait rouge et un trait blanc ou jaune), vous ne le regretterez pas : les vues y sont fantastiques ! Dans une de ses dernières boucles, la crique de Saint-Suliac apparaîtra, écrin bleu, parfois vert émeraude d'un ancien petit port riche de son histoire :

rade de Saint-Suliac

Vous aurez alors le choix, selon la marée, de longer l'eau par la plage ou de continuer le chemin jusqu'au début de la digue, lieu privilégié des véliplanchistes de toute la région car c'est à cet endroit que l'estuaire est le plus large. En longeant la promenade de la digue Sud (construite en 1960), vous arriverez enfin au pied d'un des plus beaux villages des bords de Rance.


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